Un cimetière d’animaux antique à Berenike, près de la mer Rouge

Berenike: cimetière d’animaux antique près de la mer Rouge
By Marsupium - Own work, CC BY 4.0, Link

Près de la mer Rouge, à Berenike en Égypte, des archéologues révèlent un cimetière antique: 580 tombes de chats, chiens, singes et veaux, preuve d’une affection.

Non loin de la mer Rouge, dans le sable égyptien, des archéologues ont mis au jour un cimetière inhabituel — non pas de personnes ou de souverains, mais d’animaux : chats, chiens, singes, et même des veaux. Près de 600 inhumations, chacune portant la marque de l’attention, de l’attachement et du deuil. Le site se trouve dans l’ancien port de Berenike, un nœud essentiel des échanges entre l’Égypte, l’Inde et Rome.

Où il a été découvert

Berenike servait de porte d’entrée aux épices, aux textiles, aux bijoux — et aux animaux — vers l’Égypte, puis le monde romain. Depuis plus d’une décennie, des archéologues polonais explorent les abords du port. Ces dernières années, leur travail a révélé quelque chose d’inattendu : une petite parcelle de terrain qui s’est avérée être un véritable cimetière pour animaux de compagnie, actif il y a environ deux mille ans.

Plus que de simples animaux

Les chercheurs ont documenté plus de 580 tombes. La plupart abritaient des chats, mais on y trouvait aussi des chiens et environ 200 singes. Il ne s’agissait pas de restes jetés, mais de sépultures à part entière. Les animaux étaient allongés sur le flanc, comme endormis, enveloppés de textiles, recouverts de fragments de couvertures, accompagnés de coquillages, de morceaux de corde et de tessons d’amphore. Certains portaient même un collier. Difficile de ne pas y voir la volonté d’un adieu digne, pensé et intime.

Des singes dont on prenait soin

Les tombes de singes sont particulièrement émouvantes. Ces macaques avaient été acheminés depuis l’Inde par le port. On s’en occupait : on les soignait, on les nourrissait, et il est possible qu’on les ait portés dans les bras. Leurs os montrent des blessures guéries, preuve discrète d’une attention patiente, dans la durée.

Et les veaux ?

Deux veaux ont été découverts récemment. L’un avait été recouvert d’ocre rouge — utilisée alors dans des rituels —, l’autre partiellement couvert d’un tesson d’amphore. Peut-être relevaient-ils d’un rite, peut-être étaient-ils tout simplement des animaux chéris. Les chercheurs ne peuvent pas encore trancher, mais dans les deux cas, la sépulture est soigneuse et voulue.

D’où venaient les singes ?

Les singes de Berenike n’étaient pas locaux ; ils avaient été importés d’Inde. Ce seul fait dit l’intensité des échanges de l’époque. Et l’on est frappé de constater que ces animaux venus de loin n’étaient pas seulement achetés : ils étaient traités en compagnons, non en curiosités ni en simples signes de richesse, mais comme des êtres proches.

Un cimetière entre un temple et une décharge

Un détail retient l’attention : le cimetière se trouvait entre un espace évoquant un temple et une zone servant de dépotoir. Une rencontre entre le sacré et l’ordinaire. Pour ceux qui vivaient là, il semblait naturel de vivre, de faire son deuil et de se souvenir au plus près des rythmes du quotidien. Tout laisse penser que la mémoire et la vie pratique coexistaient sans heurt.

Pourquoi c’est important

On imagine souvent que l’affection pour les animaux est une invention récente, qu’autrefois ils n’étaient vus que comme des objets ou des emblèmes. Berenike raconte une autre histoire. Des liens se tissaient, on pleurait, on faisait ses adieux, et l’on voulait en garder une trace — parfois un morceau d’étoffe, parfois un coquillage posé près d’une patte, parfois une posture de sommeil silencieuse. Dans ce sable, la tendresse a laissé des preuves que l’archéologie sait encore faire parler.