Découvrez l’histoire des villages engloutis: Rybinsk, Derwent. Barrages, mémoire des habitants, vestiges à l’étiage et exploration sous-marine et archéologie.
Les villages engloutis pourraient sembler sortis des contes. Pourtant, à cet instant, sous le calme des rivières et des retenues, de véritables bourgs demeurent cachés. Il y avait des maisons, des écoles, des églises, des cimetières. L’eau a tout avalé — avec les histoires de celles et ceux qui y ont vécu.
Ces lieux ne se sont pas évanouis par hasard. La plupart ont disparu à cause de grands barrages et de réservoirs. Pour produire de l’électricité, approvisionner les villes en eau et améliorer la navigation, des districts entiers ont été délibérément inondés — un choix assumé, parfois brutal.
En Russie, l’un des exemples les plus connus est le réservoir de Rybinsk. Les travaux ont commencé en 1935 et, en 1947, plus de 600 villages reposaient sous l’eau. Plus de 130 000 personnes ont quitté leurs maisons. Écoles, fermes, usines, routes, églises — tout un mode de vie a glissé sous la surface.
Ailleurs, des scènes similaires se sont produites. Au Royaume-Uni, les villages de Derwent et d’Ashopton ont été submergés dans les années 1940 pour créer le réservoir de Ladybower. Les habitants ont été relogés, et l’église démontée avant l’arrivée de l’eau. La mémoire de ces lieux, elle, perdure.
Parfois, des villages disparaissent pour des raisons sans lien avec les barrages. Le niveau des mers monte, des catastrophes naturelles frappent. Autrefois, une terre reliait l’Angleterre au continent européen — on y vivait, on chassait, on élevait des enfants. On l’appelait Doggerland. Avec le temps, la mer du Nord l’a entièrement engloutie. Aujourd’hui, cette contrée ne subsiste qu’à travers des vestiges repêchés au fond de la mer.
Ce ne sont pas seulement des maisons qui reposent sous l’eau, mais aussi des églises, des puits, des pierres tombales et des rues pavées. Les années de sécheresse, lorsque le niveau baisse, dévoilent ce qui était dissimulé : des murs, des fondations, des fragments de ponts. Par instants, on croirait voir le village remonter à la surface pour reprendre souffle.
Cela arrive, par exemple, sur le site de Derwent, en Grande-Bretagne. Quand l’eau recule, d’anciens habitants et leurs familles reviennent, se souvenant de ce qu’était l’endroit avant le réservoir.
Des centaines de milliers de personnes, dans différents pays, ont dû quitter leur foyer. Certains ont tenté de sauver des meubles ; d’autres ont même déplacé des maisons entières. Mais avec les objets est partie la trame du quotidien, cette mémoire précise des lieux où l’enfance, la jeunesse et les histoires familiales avaient pris racine. Aucun plan de réinstallation ne comble vraiment ce vide.
En Russie, par exemple, des habitants de la région de Rybinsk se souvenaient d’avoir perdu bien plus qu’un toit : des exploitations, des terres, des voisins — tout un ordre familier. Une part de tout cela n’a jamais pu être restaurée.
Dans de nombreux pays, on cherche à préserver ces lieux. Au Canada, par exemple, le projet Sunken Villages recueille les témoignages, les photographies et les archives de ceux qui ont vécu dans des localités aujourd’hui sous l’eau.
L’intérêt ne se limite pas aux chercheurs. Les visiteurs sont attirés par la possibilité de se rapprocher du passé — surtout lorsque l’étiage laisse réapparaître des fragments de l’ancien paysage bâti.
Les technologies actuelles aident à sonder ce qui demeure au fond. Des chercheurs étudient les villages submergés, découvrant des objets du quotidien, des structures, parfois des rues entières. C’est un travail minutieux, qui exige un équipement spécialisé. Souvent, ces sites ne sont accessibles qu’à certaines saisons ou lors d’épisodes de basses eaux.
Malgré ces contraintes, l’intérêt pour l’exploration sous-marine grandit. De plus en plus de spécialistes se tournent vers ces lieux où, autrefois, des milliers de vies ordinaires se déroulaient.
L’histoire des villages noyés est celle de choix difficiles. D’un côté, le progrès — l’énergie, l’eau pour les villes. De l’autre, des habitants qui ont perdu leur maison et des paysages qui les ont façonnés. L’équilibre demeure fragile et jamais évident.
Se rappeler que chaque bourg submergé a abrité des existences bien réelles, c’est faire preuve de respect envers le passé. Ce n’est pas seulement de l’histoire : c’est reconnaître le coût humain consenti au nom de l’avenir.
Les villages engloutis ne parlent pas uniquement de perte. Ils rappellent le changement, la mémoire, la résilience. Ils n’ont pas totalement disparu — ils vivent dans les photographies, les récits, les souvenirs. Si l’on continue à les étudier et à les évoquer, ils ne tomberont pas dans l’oubli.