Découvrez São João à Goa: sauts dans les puits, bateaux fleuris à Siolim, couronnes végétales et traditions familiales. Une fête de mousson écoresponsable.
Chaque été, dans l’État indien de Goa, se déroule un rituel à la fois curieux et exubérant. Des jeunes se coiffent de feuilles et de fleurs, chantent, battent des tambours, puis, dans un cri de joie, se jettent directement dans des puits, des étangs et des ruisseaux. Ce n’est ni un concours ni une farce. C’est São João, l’une des célébrations les plus vives et singulières de l’Inde, et rares sont les fêtes qui capturent aussi bien l’humeur de la mousson.
São João (prononcé San Juan) est le jour où les catholiques marquent la naissance de Jean le Baptiste. La tradition est arrivée à Goa depuis l’Europe à l’époque de la domination portugaise, mais, avec le temps, elle a pris une couleur propre. Ici, la fête se rattache à la foi autant qu’au monde naturel — à juste titre, puisqu’elle a lieu au début des pluies, quand la terre s’éveille et que les puits débordent.
Selon la tradition, lorsque Marie annonça à sa parente Élisabeth qu’elle attendait un enfant, le petit Jean aurait bondi de joie dans son ventre. À Goa, cette joie s’exprime de façon littérale en sautant dans l’eau. Le résultat paraît à la fois fervent et ludique, un mélange qui semble aller de soi sous la mousson.
Les festivités sont particulièrement frappantes dans le village de Siolim. Là-bas, les habitants organisent un véritable défilé de bateaux: des embarcations fleuries, ornées de bananes et de drapeaux, glissent sur la rivière au son de la musique et des danses, attirant une foule de locaux et de visiteurs.
D’autres villages — Saligan, Anjuna, Assagao, Aldona et Panaji — vibrent eux aussi. On plonge dans les puits, on porte des couronnes tressées de feuilles, de fleurs et de fruits, et on chante dans la langue du cru. Par endroits, un concours récompense la plus belle couronne.
Une autre coutume, plus intime, met à l’honneur le gendre. Un jeune homme récemment marié est invité chez la famille de son épouse, reçoit un bon repas, des présents, et est accueilli comme un nouveau membre du foyer. Un petit rituel qui en dit autant sur l’esprit communautaire que sur la fête elle-même.
La musique porte aussi l’ambiance. Des chansons populaires envahissent les rues tandis que l’on danse et que l’on joue des instruments locaux.
La fête évolue un peu chaque année. En 2025, de nombreux villages ont voulu la rendre plus écoresponsable: pas de plastique, et des décorations de bateaux et de maisons uniquement avec des matériaux naturels. L’accent s’est également renforcé sur l’importance d’une eau propre et sur l’attention portée à la nature.
São João ne se limite pas à Goa. À Mumbai, des quartiers où vivent des habitants originaires de Goa se jettent eux aussi à l’eau — dans des piscines ou de petits étangs. Et au Canada, en Australie et au Royaume-Uni, les diasporas locales organisent leurs propres versions de la célébration pour garder le lien avec la maison.