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Triora, le village des sorcières: mémoire, musée et festival Strigora

Découvrez Triora, le village des sorcières en Ligurie: son histoire, le Musée des Sorcières et le festival Strigora. Un lieu de mémoire à visiter en Italie.

By Davide Papalini - Own work, CC BY-SA 3.0, Link

Au milieu des montagnes et des pentes verdoyantes de la Ligurie, dans le nord de l’Italie, se niche un petit village au passé singulier. Triora, longtemps saisi par la croyance aux sorcières, par les interrogatoires et par une chasse bien réelle aux femmes rendues responsables de chaque malheur, porte encore un surnom parlant: le village des sorcières. Un lieu devenu symbole d’un chapitre tragique, mais éclairant, de l’histoire italienne.

Famine, peur et accusations

Tout commence en 1587. Les récoltes cèdent, la nourriture manque, les maladies gagnent. Les habitants cherchent des coupables. Très vite, les soupçons convergent vers des femmes qui vivaient à l’écart, connaissaient les plantes, soignaient et perpétuaient des rites locaux. On devine comment la pénurie et l’angoisse ouvrent la voie aux procès d’intention.

La panique suit. Des femmes sont arrêtées, interrogées, accusées de sorcellerie. Les autorités locales et l’Église s’en mêlent, et de véritables procès de sorcières s’installent. Sous la torture, des aveux arrachés ne disent pas la vérité; certaines meurent en détention. En deux ans, des dizaines de femmes se retrouvent visées. Sur fond de misère et de peur, la suspicion se fige en persécution — un schéma tristement familier lorsque la crise nourrit la rumeur. Difficile de ne pas y voir la mécanique implacable des périodes troubles.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Plus de quatre siècles plus tard, Triora entretient avec soin la mémoire de ces événements. Le village a créé un Musée des Sorcières, où l’on découvre objets, documents et témoignages de l’époque. On y comprend mieux comment on vivait alors et pourquoi tout a basculé.

Le musée ne cherche pas à faire peur; il invite à la réflexion. Le récit, sans effets, dit simplement le passé et rappelle qu’en temps de crise, les accusations sans preuves deviennent particulièrement dangereuses. Cette sobriété fait d’ailleurs toute sa force.

Le festival Strigora — une fête chargée d’histoire

Chaque été, Triora accueille le festival haut en couleur Strigora. Les rues se remplissent d’étals de produits locaux et de souvenirs, d’ateliers, de spectacles de rue et de défilés costumés. Ce n’est pas un sabbat au sens propre, mais une célébration de la culture locale qui montre comment une histoire sombre peut, avec le temps, entrer dans la mémoire partagée et rassembler.

Pourquoi c’est important

Aujourd’hui, Triora est un village paisible, fait de maisons en pierre et de ruelles étroites. On y vient pour l’atmosphère et pour l’histoire, davantage que pour le tumulte. Certains estiment que le village mériterait une place sur des listes de patrimoine culturel, tant il rappelle que la peur et les préjugés mènent à de lourdes erreurs. C’est une idée qui s’impose d’elle-même au fil de la visite.

L’histoire de Triora n’est ni fiction ni légende. C’est une réalité qu’il vaut la peine de garder en mémoire. Et même si l’Italie n’est pas au programme, ce récit offre un regard plus net sur l’urgence de ne pas répéter les erreurs du passé.