13:30 21-11-2025
Nourrir les corbeaux au Sri Lanka: rites, croyances et lien aux ancêtres
Découvrez pourquoi, au Sri Lanka, nourrir les corbeaux est un rituel vivant: hommage aux ancêtres, échos de Kāka Bali, intelligence et mémoire des oiseaux.
Dans les rues du Sri Lanka, une scène à la fois curieuse et tendre se répète souvent: quelqu’un dépose du riz ou un petit repas sur un appui de fenêtre, à même le sol, ou près d’un temple. Quelques minutes plus tard, des corbeaux — nombreux ici — fondent et ne laissent pas un grain. Cela ressemble à un simple nourrissage d’oiseaux, mais le geste pèse plus lourd qu’il n’y paraît.
Un corbeau, plus qu’un oiseau
Au Sri Lanka, les corbeaux ne sont pas considérés comme une faune urbaine ordinaire. Les nourrir est vu comme une action juste et bienveillante — un acte qui peut exprimer du respect pour les défunts, voire une forme de déférence envers les dieux.
Il y a une autre dimension: selon des croyances locales, une personne qui se conduit mal, surtout si elle manque de respect aux moines ou aux temples, pourrait renaître en corbeau ou en chien. Ces oiseaux deviennent alors plus que de simples voisins ailés; ils servent de rappel discret de ce qui est bien ou mal. Difficile de ne pas y voir une éthique quotidienne qui passe par de petits gestes.
Pourquoi leur offrir à manger ?
La coutume n’est pas propre au Sri Lanka. En Inde, pendant une période particulière appelée Pitru Paksha, on façonne des boulettes de riz qu’on dépose pour les corbeaux. Ces oiseaux sont considérés comme des messagers qui portent ces offrandes aux âmes des ancêtres.
Cette pratique est connue sous le nom de Kāka Bali. Des textes anciens décrivent même des divinités qui aident à acheminer ces offrandes vers l’autre monde. Pour beaucoup, ce n’est pas qu’un rituel: c’est une manière de préserver un fil de lien avec ceux qui ne sont plus là. Ce fil, ténu, semble résister au temps.
Les corbeaux comprennent-ils ?
Certaines études suggèrent que les corbeaux sont remarquablement intelligents. Ils se souviennent des personnes, reconnaissent des visages, peuvent se vexer et même riposter. Alors, lorsque quelqu’un les nourrit régulièrement, ils le remarquent — et ont tendance à revenir.
Cela donne à la coutume une dimension étonnamment personnelle: un geste généreux est perçu, mémorisé et, d’une certaine manière, rendu. L’échange prend des accents à la fois spirituels et intimes, comme si un petit pacte se nouait entre l’humain et l’oiseau. Ce pacte, au fond, tient à peu de chose.
Pourquoi cela compte encore
On pourrait balayer tout cela d’un revers de main, en y voyant une croyance d’un autre âge. Pourtant, dans un monde où nos liens avec la nature et la tradition s’effilochent, ces pratiques discrètes et régulières sont parfois celles qui nous rassemblent en silence. Nul besoin d’ériger un sanctuaire ou de se plonger dans des textes anciens pour honorer ses racines. Parfois, une poignée de riz et une minute d’immobilité suffisent.
Tant que les Sri Lankais continuent de partager de la nourriture avec les corbeaux, ils préservent un lien invisible mais vital entre les générations. Et peut-être ces oiseaux ont-ils vraiment quelque chose de particulier: il y a une raison si beaucoup les voient comme des messagers entre les mondes.