15:22 13-01-2026

Vivre entre deux pays: ces maisons coupées par une frontière

Découvrez Baarle, Derby Line ou Sebatik, où la frontière traverse salons et cuisines. Histoire, vie quotidienne et curiosités à voir pour un voyage insolite.

By Spotter2 - Own work, CC BY-SA 4.0, Link

Imaginez préparer le petit-déjeuner dans un pays et vous asseoir pour le manger dans un autre. Un pas depuis le seuil de la chambre, et l’on reste chez soi tout en étant déjà à l’étranger. Pour certaines localités, ce n’est pas un fantasme, mais la routine matinale: la frontière nationale traverse des maisons de part en part.

Où passe la frontière — au sol ou sur le tapis ?

La plupart des frontières internationales se donnent comme des lignes nettes et officielles: barrières, drapeaux, agents. Pourtant, il existe des endroits où cette simplicité se délite. Dans une poignée de bourgs et de villages, la ligne de partage coupe des bâtiments — maisons, commerces, parfois même des bibliothèques.

Le cas le plus connu est la ville de Barle, partagée entre les Pays-Bas et la Belgique. Là, la frontière se comporte moins comme une ligne que comme un maillage: elle serpente le long des rues, franchit des cours et des clôtures, et s’invite jusque dans le cœur des maisons.

Une maison à moitié belge, à moitié néerlandaise

À Barle, il arrive que le salon soit dans un pays et la chambre dans l’autre. Ce qui fait foi, c’est l’emplacement de la porte d’entrée. Les règles locales précisent que si la porte s’ouvre du côté belge, le logement est considéré comme belge — même si la moitié de la bâtisse se dresse aux Pays-Bas.

Pour s’y retrouver, des repères spéciaux sont peints sur la chaussée et jusque dans les bâtiments: des croix blanches et les lettres «NL» (Pays-Bas) et «B» (Belgique). Parfois, ces marquages traversent le sol d’un café ou passent en plein milieu d’une chambre.

Où cela se produit aussi

Barle n’est pas le seul point sur la carte où des maisons enjambent une frontière. Sur l’île de Sebatik, entre la Malaisie et l’Indonésie, on trouve un foyer où la cuisine est dans un pays et le salon dans l’autre.

Et dans la ville nord-américaine de Derby Line, à la frontière entre les États-Unis et le Canada, une bibliothèque et un théâtre sont eux aussi coupés par la démarcation, les visiteurs passant d’un pays à l’autre simplement en traversant le hall.

Comment on vit dans de telles maisons

La vie sur la ligne demande une vigilance de tous les instants. À Barle, deux bureaux de poste fonctionnent, et certaines maisons portent deux adresses et deux boîtes aux lettres. Les résidents paient les services publics et les impôts selon le pays auquel leur domicile est rattaché.

En Europe, ces frontières donnent heureusement peu de migraines: les Pays-Bas et la Belgique appartiennent à l’Union européenne et à l’espace Schengen, où les contrôles stricts sont absents. On va et vient sans craindre une amende pour un pas de trop — preuve, à petite échelle, que les choix politiques peuvent rendre le quotidien fluide ou tatillon.

Ailleurs, où les relations entre voisins sont plus délicates, de telles maisons pourraient facilement nourrir des tensions. Sur Sebatik, pourtant, les habitants trouvent encore des façons de vivre côte à côte, malgré une frontière qui coupe le foyer en deux.

Tourisme et curiosité venue du monde entier

Ces villes deviennent souvent des curiosités attachantes. À Barle, on peut voir la frontière trancher un restaurant ou une vitrine. Les visiteurs posent volontiers avec un pied aux Pays-Bas et l’autre en Belgique.

Les habitants, habitués depuis longtemps à ce manège, ont pris les choses avec philosophie. Ils fabriquent même des souvenirs célébrant cette manière de vivre peu ordinaire.

Ce que cela dit de nous et du monde

Quand une frontière traverse un foyer, elle cesse d’être une simple trace sur une carte. Elle entre dans la routine de quelqu’un. Ici, on ne découpe pas l’existence en «là-bas» et «ici»: on vit, tout simplement — parfois dans deux pays à la fois.

De tels lieux invitent à une idée simple: peut-être qu’avec le temps, les frontières paraîtront moins comme des barrières que comme des points de rencontre. Là où s’élevaient des murs, on pourrait voir naître des passerelles — même si elles coupent la cuisine en deux.