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Comment la Tchoukotka fête Pegytti et le Nouvel An du 31 décembre

Découvrez le Nouvel An en Tchoukotka: Pegytti au solstice d'hiver, rituels du feu, rôle des chamans et fêtes du 31 décembre. Traditions et modernité locales.

By Munkhbayar.B - Own work. Ref: http://samgaldai.mn, CC BY-SA 4.0, Link

Loin à l’est de la Russie, où les vents ne faiblissent jamais, où le pergélisol et les longues nuits façonnent le quotidien, le Nouvel An se célèbre autrement qu’à Moscou ou à Vladivostok. En Tchoukotka, la fête ne se résume ni aux douze coups de minuit, ni à un sapin décoré et des mandarines. Ici, le passage à l’année nouvelle est un lien avec la nature, les esprits et les ancêtres — un moment de renouveau que l’on ressent au plus profond de la nuit hivernale.

Un Nouvel An à eux — lors de la nuit la plus sombre

Les Tchouktches et d’autres peuples autochtones de la région marquent leur propre Nouvel An, Pegytti, les 21 ou 22 décembre, au solstice d’hiver. À cet instant, le soleil rase l’horizon et le jour est à son plus court. Dès lors, l’astre reprend sa montée, signe d’un nouveau cycle de vie.

Pegytti ne se règle pas sur le calendrier mais sur les astres — son nom est lié à l’étoile brillante Altaïr, jadis considérée comme un signe d’époque nouvelle. Ce jour-là, les familles se réunissent et allument un feu rituel à l’ancienne, avec une planche de bois spéciale et une corde plutôt que des allumettes. Ce savoir se transmet de père en fils.

Autour du feu, on chante, on danse et l’on se souhaite bienveillance et lumière. On dépose du gras, du lard ou de la viande dans des écuelles de cuir en offrande aux esprits, pour éviter leur courroux et solliciter leur aide dans l’année qui vient. Tout cela dépasse le rituel pour le rituel: une manière de laisser derrière soi ce qui nuit et d’entrer dans l’avenir l’esprit clair.

Le rôle des chamans

Dans ces célébrations, le chaman occupe une place singulière — une personne que les habitants disent capable de dialoguer avec les esprits. Sa mission consiste à entrevoir ce qui attend la communauté dans l’année nouvelle, à la purifier de ce qui l’affecte et à l’orienter. Les chamans comptent bien au-delà du Nouvel An: au fil de la vie villageoise et communautaire, ils épaulent dans les moments difficiles, prodiguent soins et conseils, et décryptent avec attention les signes de la nature.

En Tchoukotka, on considère que tout ce qui existe est vivant et habité d’un esprit — la neige, le vent, les animaux. Une telle vision nourrit, presque logiquement, un respect accru de la nature. Le Nouvel An n’est donc pas qu’un prétexte à la fête: c’est un moment pour se mettre au diapason du prochain cycle de vie.

L’orthodoxie, en parallèle plutôt qu’en remplacement

La Tchoukotka compte aussi des églises orthodoxes, avec des offices notamment dans les villes. Les habitants peuvent célébrer les fêtes religieuses, comme Noël. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils renoncent à leurs propres traditions. Au contraire, beaucoup conjuguent les deux sans y voir la moindre contradiction.

Des études indiquent que l’on peut à la fois assister à un office et prendre part à un rituel autour du feu. À leurs yeux, il s’agit simplement de facettes différentes de l’existence — spirituelle et culturelle — qui cohabitent sans heurts.

Comment on célèbre le 31 décembre

Bien sûr, on célèbre aussi en Tchoukotka le Nouvel An «classique» du 31 décembre. Les villes dressent des sapins, organisent des concerts, forment des rondes et tirent des feux d’artifice. Une fête commune à tout le pays, sans grande charge rituelle.

Fait notable, de nombreuses familles célèbrent deux Nouvels Ans: d’abord Pegytti, puis la date du calendrier. Tradition et modernité, l’ancien et le nouveau, s’entremêlent d’une manière qui paraît à la fois pragmatique et fidèle au lieu.

Côte à côte ne signifie pas opposés

La Tchoukotka est un territoire singulier où cultures et croyances coexistent sans se gêner. Les rites anciens sont choyés, la nature respectée, et chacun participe néanmoins à la vie du pays dans son ensemble. C’est peut‑être là l’essence de la fête: sentir son lien avec le passé, accueillir la lumière et entamer l’année le cœur ouvert.

Alors que Moscou compte les dernières secondes avant minuit, la Tchoukotka chante déjà auprès du feu, saluant le soleil qui reviendra. Il y a là une magie singulière, propre à l’extrême nord‑est russe.