13:25 05-01-2026

Ponts vivants du Meghalaya: quand les racines deviennent des ponts

Découvrez les ponts vivants du Meghalaya, formés par des racines de figuier: un savoir-faire durable en quête d’inscription à l’UNESCO, essentiel aux villages.

By PJeganathan - Own work, CC BY-SA 4.0, Link

Dans le Meghalaya, en Inde, au milieu de collines luxuriantes et de rivières vives, existent des ponts qui n’ont pas été construits, mais cultivés. Ce n’est pas une métaphore: ils sont façonnés à partir de racines d’arbres vivantes. Et ils ne se contentent pas d’être singuliers: on les emprunte au quotidien.

Que sont les ponts vivants ?

Ces ouvrages sont faits des racines du figuier à caoutchouc, un arbre qui laisse tomber de longues racines aériennes qu’on peut diriger là où on en a besoin. Les communautés khasi et jaintia utilisent des armatures en bambou pour guider ces racines, le plus souvent d’une rive à l’autre.

Il faut dix, vingt, parfois trente ans avant qu’un pont devienne réellement solide. Ensuite, il peut servir pendant des siècles, en se renforçant encore. L’arbre reste vivant, les racines continuent de croître et l’ouvrage gagne en résistance avec le temps.

Où se trouvent ces ponts ?

On les trouve dans des villages isolés à travers le Meghalaya, notamment dans les collines Khasi et Jaintia. Le plus célèbre est le pont à deux niveaux de Nongriat, où deux travées se superposent. Plus de 130 ponts de ce type sont répertoriés, et les habitants estiment qu’il en existe sans doute d’autres, dissimulés dans des recoins peu accessibles.

Ces ponts n’ont pas été créés pour les touristes. Ils servent d’infrastructure quotidienne aux habitants, surtout pendant la mousson, quand les rivières débordent et que les ponts classiques sont souvent emportés.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

En 2025, les autorités de l’État ont déposé une candidature pour inscrire les ponts vivants sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Une telle reconnaissance faciliterait leur protection. Le Meghalaya a également modifié ses lois afin que ces sites puissent être officiellement reconnus comme patrimoine vivant.

Par ailleurs, l’État a proposé ces ponts pour un prix international de l’UNESCO dédié à la sauvegarde des traditions culturelles. L’objectif est de souligner qu’il ne s’agit pas d’une simple curiosité, mais d’un élément essentiel de la culture et de l’environnement de la région.

Pourquoi c’est à la fois fascinant et crucial

Les ponts vivants ne portent pas atteinte à la nature. Au contraire, ils contribuent à stabiliser les berges et n’exigent ni ciment, ni métal, ni machines. Ils sont façonnés à partir de ce qui existe déjà, avec le souci des arbres et du paysage qui les entoure.

Le savoir-faire pour faire pousser un pont se transmet des anciens aux plus jeunes. Il n’existe pas de plans, seulement l’expérience et l’observation attentive. C’est un exemple saisissant de coopération avec la nature plutôt que d’opposition.

Mais les traditions s’effritent. Les jeunes partent vers les villes et les praticiens chevronnés se raréfient. D’où l’urgence de repérer ces ponts à temps, de les préserver et de les donner à voir. Ils murmurent une idée simple et puissante: la patience peut, elle aussi, tenir lieu d’infrastructure.

Et maintenant ?

Si l’UNESCO reconnaît ces ponts comme patrimoine, cela aidera à protéger la tradition et à mobiliser des soutiens. On peut s’attendre à ce que l’enseignement de ce savoir-faire s’intensifie et que l’intérêt s’élargisse.

À l’heure où le monde cherche des façons plus durables de vivre, ces ponts sont bien plus qu’une curiosité. Ils montrent comment bâtir sans détruire — et comment avancer au rythme de la nature.