05:31 01-01-2026

Quand les îles s’effacent: du mirage cartographique à la montée des eaux

De l’île éphémère de la mer Caspienne à Sandy Island, découvrez pourquoi des îles disparaissent: erreurs de carte, ouragans, érosion et montée des eaux.

By David Broad, CC BY 3.0, Link

Atlantide. À elle seule, l’évocation fait surgir l’image d’une civilisation engloutie en une nuit. Cela tient du conte — et, au fond, c’en est un. Ce qui frappe pourtant, c’est qu’aujourd’hui encore, de vraies îles s’effacent bel et bien. Pas dans les mythes, mais dans le monde que nous habitons. La réalité, fidèle à elle-même, se révèle plus nuancée que les légendes.

Un fantôme dans la mer Caspienne

Début 2023, une petite île a surgi sans prévenir en mer Caspienne. Elle n’apparaissait sur aucune carte et personne ne l’avait bâtie : elle s’est élevée après l’éruption du volcan de boue du banc de Kumani. Des scientifiques de la NASA l’ont repérée sur des images satellites. L’émerveillement n’a pas duré : fin 2024, l’île avait de nouveau disparu. L’eau salée a grignoté sa surface friable jusqu’à n’en laisser presque rien.

Ce n’était pas la première fois que la nature fait naître une île pour mieux la reprendre. Difficile de ne pas y voir un rappel discret de la fragilité d’une terre neuve — surtout lorsque le sol vient à peine d’émerger.

Erreurs de carte: des îles qui n’ont jamais existé

Parfois, les îles ne s’effacent que sur le papier. Pendant des décennies, Sandy Island a figuré sur les cartes entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie. Des chercheurs se sont finalement rendus aux coordonnées indiquées : rien qu’un horizon d’eau. L’« île » n’était qu’une vieille erreur, entretenue par l’habitude, avant d’être officiellement retirée des cartes.

Une histoire comparable entoure Bermeja, dans le golfe du Mexique. Mentionnée depuis le XVIe siècle, elle a échappé à tous les instruments modernes. A-t-elle vraiment existé ? Rien ne permet de trancher — sans doute un autre mirage cartographique.

Quand une île disparaît pour de bon

Les îles s’évanouissent aussi pour de vrai. En 2018, un ouragan a détruit East Island, près d’Hawaï. Elle ne s’est pas volatilisée d’un coup, mais les dégâts étaient irréversibles : la terre a été presque entièrement effacée.

Les causes varient : tempêtes, érosion, montée des eaux. Tout cela se joue ici et maintenant. Les exemples se multiplient, et certaines îles jadis habitées sont déjà devenues inhabitables. Ce n’est pas un bug de carte, c’est une réalité difficile à contourner.

Le mythe persiste, sous un autre visage

Les légendes d’Atlantide continuent d’alimenter l’imaginaire. Dans les faits, l’histoire prend un autre relief. Les îles ne disparaissent pas en une nuit, et certainement pas avec des cités entières — pourtant elles reculent, lentement mais sûrement, sous la pression de la mer. Là-dessus, le doute a peu de place.

Aujourd’hui, les îles qui s’effacent relèvent moins du mythe que d’une épreuve concrète. Ce n’est plus de la fantaisie, mais le quotidien des géologues, des climatologues et de tous ceux qui suivent, pas à pas, la transformation du monde naturel.

Y aura-t-il une nouvelle Atlantide ?

Peut-être. Elle n’aurait rien d’une légende : ce serait une île de l’océan Pacifique ou Indien s’enfonçant peu à peu. On en parle de plus en plus comme d’une menace tangible — surtout pour les pays et les communautés des côtes basses.

Nous ne cherchons plus l’Atlantide. Nous observons la terre elle-même battre en retraite et posons une question sans détour : qui sera le prochain ? Ce n’est pas une histoire du passé — c’est ce qui se déroule sous nos yeux.