13:37 31-12-2025
Les villages silencieux du Japon: akiya, départs et mémoire perdue
Explorez les villages silencieux du Japon: dépeuplement, maisons akiya, traditions qui disparaissent. Histoire, culture et nature face au vide. Aujourd’hui.
Des villes bruyantes, des avenues éclaboussées de néons, des foules qui se déversent aux carrefours des mégapoles — voilà l’image que l’on se fait souvent du Japon. À côté de ce rythme inquiet subsiste pourtant un autre monde: des villages calmes, presque oubliés, où les sons semblent être partis en même temps que les habitants. Ce silence n’a rien d’apaisant; c’est un vide. Et il importe de rappeler qu’il ne s’est pas installé par choix. C’est la marque de villages qui, au Japon, s’effacent lentement.
Quand les habitants partent, les villages se taisent
Le Japon a même un terme pour ces villages au bord de l’effacement — des lieux où presque tous les habitants sont âgés. Les jeunes ont gagné les villes, de nouvelles familles n’arrivent plus, les enfants sont partis. L’un d’eux s’appelle Nanamoku, dans la préfecture de Gunma, où plus des deux tiers des résidents sont des retraités.
Chaque année, d’autres maisons se vident. Personne pour y vivre, personne pour les entretenir. Ces habitations sont appelées akiya, autrement dit « abandonnées ». Dans ces villages, les commerces perdent leur raison d’être, les écoles ferment, les arrêts disparaissent. La vie semble s’éteindre.
Ce n’est pas de la tradition, c’est une conséquence
On décrit parfois ces lieux comme sortis d’un récit populaire: des aînés veillant au calme, préservant la sérénité et l’héritage. Mais ici, le silence ne tient ni à une quête spirituelle ni à un mode de vie choisi. Il s’impose surtout parce qu’il ne reste presque plus personne à qui parler.
Personne ne fait de bruit dans les rues, ne joue dans la cour de l’école, ne rit dans les cafés. Le village se tait parce qu’il se vide, régulièrement, inexorablement.
D’ici 2030, une maison sur trois au Japon pourrait n’avoir aucun propriétaire.
Ce ne sont pas que les habitants qui disparaissent, c’est aussi la mémoire
Quand la dernière grand-mère quitte une maison, un savoir s’en va avec elle — comment soigner le jardin, marquer une fête locale, cuisiner un plat transmis ici pendant des générations. Une part de culture s’éclipse avec elle aussi.
Certains chercheurs affirment même que le phénomène touche la nature: les champs se couvrent de friches, les animaux s’éloignent, l’ancien ordre s’efface.
Et après ?
Ces « villages silencieux » ne sont ni une nouvelle tradition ni une expérience culturelle. Ils sont la conséquence d’endroits qui se défont, là où la vie prospérait il n’y a pas si longtemps. Pourtant, l’intérêt pour eux grandit: on vient voir ce qui subsiste; certains souhaitent acheter une maison abandonnée, d’autres simplement écouter le silence. Ce besoin de se tenir dans ce calme en dit long sur la vitesse à laquelle l’absence a remplacé la routine.