09:47 30-12-2025
Kintsugi : la philosophie japonaise de la réparation, au-delà du mythe « senju »
Découvrez le kintsugi, art japonais qui répare la céramique avec de l’or et célèbre les fêlures. Mottainai, respect des objets, et démystifie « senju ».
Nous nous sommes habitués à nous séparer des choses sans état d’âme. Quand quelque chose se casse, nous y voyons un signal pour le remplacer : un nouveau téléphone, des vêtements tout neufs, une autre vaisselle. Au Japon, le regard est différent. Si un objet a accompagné un morceau de votre vie, l’idée est qu’il a gagné le droit d’être gardé, pas jeté.
On entend parfois dire que les Japonais auraient un mot particulier — « senju » — censé désigner l’art de respecter les objets anciens. Ce n’est pas tout à fait exact. Le mot existe bien en japonais, mais il renvoie à autre chose — par exemple « mille mains » dans l’iconographie religieuse ou le nom d’un personnage d’anime. Aucun sens attesté de « senju » ne correspond à « respect des vieilles choses ».
En revanche, un art bien japonais exprime clairement cette approche : le kintsugi.
Qu’est-ce que le kintsugi ?
Le kintsugi consiste à réparer des céramiques brisées en réunissant les fragments avec une laque spéciale mêlée de poudre d’or ou d’argent. Au lieu de dissimuler les fêlures, il les met en valeur. Le résultat dépasse la simple tasse recollée : on y lit un journal d’usage, ici elle a glissé, là elle a été chérie. Chaque joint raconte ce que l’objet a traversé.
Mais le kintsugi ne se limite pas à la vaisselle. C’est une manière d’aborder les objets : cassé ne veut pas dire fichu. Paradoxalement, la réparation peut accroître la valeur d’une pièce. Elle devient unique parce qu’elle porte le temps et la mémoire.
Pourquoi cela compte
Au Japon, on évite de se défaire de ce qui peut encore servir. On parle de « mottainai » — le regret du gaspillage. Cela vaut pour tout : la nourriture, les vêtements, l’énergie, même le temps.
Cet état d’esprit encourage l’attention — à soi, au monde alentour, aux objets qui nous entourent. Une logique d’une simplicité désarmante.
Le monde s’y met
Aujourd’hui, de plus en plus de personnes hors du Japon s’intéressent au kintsugi. Visuellement, c’est spectaculaire, mais l’attrait tient surtout à ce que cela signifie. Dans un quotidien où remplacer l’ancien par du neuf est devenu facile, une philosophie de la réparation retrouve de la valeur.
Le kintsugi suggère que chaque objet peut connaître une seconde vie — et peut-être une troisième. Cette idée porte du respect, une forme de sagesse tranquille, et glisse même un indice sur une vie plus simple et plus honnête : ne pas jeter au premier éclat.
Et « senju », alors ?
Même si le joli mot « senju » ne veut pas dire ce que l’on imagine souvent, l’élan qui consiste à honorer les objets bien usés est bel et bien présent dans la culture japonaise. Il porte d’autres noms — et s’exprime moins par des mots que par des habitudes.
Raccommoder une tasse d’une veine d’or. Plier avec soin une vieille chemise. Ne pas jeter — garder. Ce n’est pas seulement une affaire d’objets ; c’est une manière d’habiter sa vie.