05:35 15-11-2025

Jeepneys, tuk-tuks, chicken buses: quand le transport devient culture

Découvrez comment jeepneys, tuk-tuks, chicken buses et trains suspendus racontent l’histoire urbaine, entre modernisation, patrimoine et tourisme. Focus.

© A. Krivonosov

On voit souvent les transports comme un simple moyen d’aller d’un point A à un point B. Pourtant, dans certains pays, ils deviennent un symbole qui reflète l’histoire, les habitudes, les gens — et les défis qu’ils affrontent. Ce n’est pas seulement un trajet : c’est une courte leçon de culture sur roues.

Ces modes de déplacement singuliers paraissent parfois excentriques, font du bruit et ne respectent pas toujours les horaires — mais on ne les oublie pas. Voici pourquoi ils comptent et ce qui leur arrive aujourd’hui.

Quand le transport devient culture

Il ne s’agit pas de bus ordinaires ni de métros. Il s’agit de véhicules devenus l’emblème d’une ville, parfois même d’un pays.

Prenez les jeepneys aux Philippines. Nés des anciens jeeps militaires américains après la Seconde Guerre mondiale, ces taxis collectifs hautement colorés ont été transformés par leurs conducteurs, couverts d’illustrations, de slogans et de drapeaux. Chaque véhicule s’est mué en pièce d’art populaire ambulante. Ces dernières années, les autorités poussent à remplacer les jeepneys vieillissants par des versions plus propres et plus modernes. De quoi nourrir des manifestations : les conducteurs redoutent de perdre leur travail, et les nouveaux modèles restent trop chers pour beaucoup. En filigrane, le débat touche autant à l’économie qu’à l’identité.

Autre icône : le tuk-tuk, triporteur motorisé couvert, omniprésent en Thaïlande. Rapide, bruyant, parfois un brin indiscipliné, il se reconnaît au premier coup d’œil. Des versions électriques apparaissent, mais les modèles classiques continuent d’attirer les foules, touristes comme locaux.

Ingéniosité en mouvement

Parfois, on invente un moyen de transport avec ce que l’on a sous la main. Au Cambodge, on a vu naître un « train de bambou » : en substance, une plate-forme légère en bois posée sur des rails. On s’y assied et l’on glisse sur d’anciennes voies. Les habitants l’ont imaginé à une époque où les trains réguliers circulaient à peine. Aujourd’hui, l’expérience est surtout touristique, mais elle dit beaucoup de l’ingéniosité du quotidien.

Histoire très différente à Wuppertal, en Allemagne, où un train suspendu circule accroché à des rails aériens au-dessus des rues. Plus que centenaire, il est toujours en service et demeure une fierté locale.

Remplacer ou préserver ?

Nombre de pays s’interrogent : faut-il conserver ces transports atypiques ou, enfin, tourner la page ?

Aux Philippines, les autorités veulent des jeepneys plus propres et plus sûrs. Les conducteurs résistent, arguant que l’équipement neuf coûte cher et reste hors de portée pour beaucoup. Les protestations se poursuivent, signe que la transition ne se décrète pas d’un trait de plume.

Ailleurs en Asie, les pousse-pousse à traction humaine ont presque disparu, ne subsistant guère que dans des quartiers touristiques. Là, ils relèvent moins du transport que d’un fragment d’histoire vivant.

Pourquoi c’est important

Ces véhicules sont plus qu’un moyen de se déplacer. Ils font partie du tissu urbain, de la culture et des routines quotidiennes. Au Guatemala, les « chicken buses » — anciens bus scolaires américains reconvertis en navettes locales — se parent de couleurs vives, et la musique y résonne fort. Pour beaucoup, c’est à la fois un transport et une forme d’expression.

En Europe, à l’inverse, on préserve souvent les systèmes anciens pour protéger le caractère des lieux. En Allemagne, le train suspendu n’a pas été mis à la retraite : il est devenu une attraction, entretenue avec soin pour continuer à rouler.

Et maintenant ?

Une chose est sûre : la trace qu’ils laissent. Jeepneys, tuk-tuks, pousse-pousse, trains suspendus — autant de morceaux d’histoire qui vivent dans la rue, moteurs qui vibrent, lumières qui vacillent, racontant à voix basse leur récit à qui veut bien regarder.