09:38 14-11-2025

À la table d’une supra géorgienne: le tamada et l’art des toasts

Découvrez la supra géorgienne: rôle du tamada, ordre des toasts et nuances régionales. Un banquet de vin et de paroles qui perpétue une tradition en Géorgie.

By © Vyacheslav Argenberg / http://www.vascoplanet.com/, CC BY 4.0, Link

En Géorgie, un banquet est bien plus qu’un repas et du vin. Chaque toast pèse ses mots et la soirée adopte le rythme d’une cérémonie. Au cœur de tout cela se trouve le tamada — non pas un simple maître des toasts, mais celui qui oriente la nuit, donne la tonalité et fait que chacun se sente partie prenante d’un moment qui compte. Voici comment cela se déroule et pourquoi la tradition demeure.

Qu’est-ce qu’une supra ?

La supra est le banquet traditionnel géorgien. Elle peut être joyeuse — pour un mariage ou un anniversaire — ou plus grave, lorsque l’on honore les disparus. Dans tous les cas, elle suit un certain ordre. Il ne s’agit pas d’avaler quelque chose à la hâte, mais de conversation, de respect et d’une atmosphère très particulière.

Et une règle prime sur toutes : personne ne lève son verre pour boire d’emblée. D’abord le toast, ensuite la gorgée.

Qui est le tamada ?

Le tamada conduit la table. Il prononce le premier toast, fixe le fil de la soirée et veille à inclure chacun dans l’échange. Un bon tamada parle avec justesse et élégance, sait quand plaisanter et quand redevenir sérieux, et — fait souvent ignoré — boit avec parcimonie pour rester lucide et garder la main.

Parfois, le tamada est choisi à l’avance ; d’autres fois, sur le vif. L’essentiel, c’est la capacité à tenir la conversation et à savoir quoi dire, et dans quel ordre.

Comment se déroule un banquet géorgien

Souvent, tout commence par un premier toast — à Dieu, aux parents ou à la patrie. Puis viennent des toasts à la santé, aux amis, à l’amour, aux défunts, à l’avenir. Chacun est un moment en soi, jamais une simple formalité.

Par moments, le tamada passe la parole à un autre convive. Ce relais, appelé alaverdi, permet à d’autres de s’exprimer sur le même thème. La soirée se tisse ainsi. Ces banquets peuvent durer, car les toasts ne sont pas là pour la forme : ils viennent du cœur, et c’est ce qui retient l’attention.

Nuances régionales

Les banquets varient légèrement selon les régions. Ici, le premier toast honore la paix ; ailleurs, il est dédié au sacré. L’essence, elle, ne change pas : respect de la parole, de la tradition et des personnes autour de la table.

À Tbilissi, on trouve même un monument au tamada — un homme tenant une coupe levée — hommage au rôle et à la tradition elle‑même.

À quoi cela ressemble aujourd’hui

Les supras sont bien vivantes, mais pas tout à fait comme autrefois. Les plus jeunes préfèrent de plus en plus des formats plus courts — moins de toasts fleuves, des règles assouplies. Certains critiquent une tradition jugée trop étirée. Les touristes, eux, se laissent souvent séduire : pour eux, un tel dîner est une vraie découverte. De plus en plus de rencontres sont organisées pour les visiteurs, avec traductions, explications et ajustements à leur bagage culturel.

Et après ?

Les traditions évoluent — c’est naturel. La supra géorgienne ne disparaît pas ; elle devient plus souple et plus actuelle, sans perdre sa sincérité. Même raccourcis, les toasts reviennent à l’essentiel : les personnes, le respect, le sentiment d’être ensemble. C’est peut‑être cette capacité d’adaptation qui maintient le rituel vivant.

Pourquoi cela compte

Une supra n’a pas pour but de se rassasier. Il s’agit d’être ensemble, d’avoir de vraies conversations, de se rappeler l’essentiel et de dire des choses qui viennent du cœur. Le tamada est celui qui transforme la soirée en moment singulier.

Si vous vous retrouvez un jour à une telle table, écoutez, n’interrompez pas et prenez le temps de dire quelque chose de bienveillant. Vous serez compris — même si vous n’êtes pas Géorgien — car le tamada et les toasts forment une langue qui se parle avec l’âme.