05:33 08-12-2025

Coutumes, lois et interdictions à l’étranger: guide pratique

Comprenez les règles locales avant de partir: politesse, tenue, alcool, tabac, photos, exportation. Guide par pays pour éviter amendes et tracas en voyage.

Basile Morin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le monde est un patchwork de cultures, et cette diversité se lit aussi bien dans les traditions que dans les lois qui régissent le quotidien. Des règles banales pour les habitants peuvent dérouter—voire laisser perplexes—ceux qui viennent d’ailleurs. De l’interdiction du chewing-gum à Singapour aux talons aiguilles proscrits sur certains sites antiques grecs, ces normes façonnent la vie de tous les jours. Tour d’horizon des interdits et usages les plus surprenants, et de ce qu’ils racontent des pays qui les appliquent.

Les codes de politesse à travers le monde

Le savoir-vivre est l’émanation directe d’une culture locale ; le négliger, c’est s’exposer à des moments gênants. Il ne s’arrête pas à la table : salutations, au revoir, gestes—tout a son poids.

En Inde, il est strictement interdit aux hommes de toucher des femmes en public. En Indonésie, un baiser en public peut valoir jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende. Manger hors d’un hôtel en Inde s’accompagne d’une autre règle : ne pas toucher la nourriture de la main gauche, considérée comme impure et réservée à l’hygiène. Mieux vaut aussi éviter de transmettre des objets, argent compris, avec cette main.

Au Japon, planter les baguettes à la verticale dans un bol de riz est proscrit : ce geste est réservé aux défunts, dont l’âme prend symboliquement place à table. Pointer avec ses baguettes est mal vu. Retirer ses chaussures avant d’entrer dans une maison ou un temple fait le lien entre l’Inde et le Japon—en Inde, certains les enlèvent même en entrant dans des boutiques.

En Chine, manger bruyamment—aspirer ses nouilles, claquer des lèvres—signifie que le plat est délicieux. Cela se traduit souvent par un petit périmètre vide autour des convives chinois au restaurant. En tant qu’invité, nul besoin d’imiter ; comprendre et respecter suffit déjà.

En Corée du Sud, l’aîné à table ouvre le repas ; les autres attendent qu’il se serve. Se verser à boire soi-même ne se fait pas—c’est le voisin qui s’en charge.

Au Kazakhstan, une demi-tasse de thé est un bon signe : l’hôte est heureux de vous voir. Une tasse pleine laisse entendre qu’il est temps de conclure la visite.

Tenue et apparence

Dans bien des lieux, les faux pas des visiteurs sont pardonnés. Mais dans les pays musulmans et nombre de pays asiatiques, la décence est prise très au sérieux. Des soupçons d’indécence peuvent entraîner des amendes salées, voire la prison. La plupart des restrictions concernent les vêtements féminins. Les Européennes n’ont pas à couvrir leur visage ni à porter le hijab intégral, mais se couvrir la tête d’un foulard est obligatoire.

En Iran, un code vestimentaire s’applique à toutes les femmes, même si le voile laisse parfois apparaître largement la chevelure : un foulard retenu par une épingle suffit souvent. Les vêtements doivent couvrir les bras jusqu’aux poignets et les jambes jusqu’aux chevilles.

En Arabie saoudite et dans la plupart des Émirats arabes unis, les règles sont parmi les plus strictes. Même les hommes sont invités à ne pas découvrir bras, jambes ni cou. Les tatouages et piercings, surtout chez les femmes, sont mal perçus.

Dans une grande partie du monde arabe, leggings et tunique longue ne suffisent pas : il faut des vêtements amples ou des jupes jusqu’aux pieds. Évitez les imprimés voyants, notamment les symboles ou portraits de célébrités. Cela dit, même là où les normes sont strictes, elles s’assouplissent généralement dans les complexes et hôtels. Une règle ne bouge pas pour les touristes : pas de topless.

En Turquie, en Égypte, en Tunisie et au Maroc, beaucoup de musulmans ne se couvrent pas du cou aux pieds, et le voile peut n’être qu’une protection contre le soleil. Mieux vaut toutefois éviter les quartiers douteux et ne pas attirer l’attention avec des tenues trop révélatrices.

À Bali et Lombok, majoritairement hindoues, les attitudes sont bien plus détendues et les locaux scrutent rarement la tenue des visiteurs.

Consommation d’alcool

Dans la plupart des pays musulmans—mais aussi aux États-Unis, au Canada et dans une partie de l’Union européenne—boire sur la voie publique peut valoir une amende lourde ou la prison. La bière est de l’alcool, même là où on la banalise. Aujourd’hui, les mesures les plus strictes se concentrent dans les États à majorité musulmane, où la sobriété est un principe de foi. En Arabie saoudite, en Afghanistan, en Iran, au Koweït, en Somalie et en Libye, le transport, la production, le stockage et la distribution d’alcool sont totalement interdits. Aucune exception n’est faite pour les touristes. Dans certains de ces pays, l’alcool ne peut être consommé qu’à domicile.

Ailleurs, les non-musulmans peuvent boire sous conditions strictes—souvent seulement chez eux et en présence d’autres non-musulmans. Même aux Émirats arabes unis, où Dubaï est parfois présentée comme une sorte de deuxième capitale du vice après Las Vegas, l’émirat de Charjah est entièrement sec : l’alcool n’y est accessible que dans quelques clubs et restaurants. Les règles sont plus souples ailleurs dans le pays—Dubaï délivre des licences de vente—mais apparaître ivre en public reste interdit.

On retrouve des approches similaires en Mauritanie, au Yémen, au Brunei, au Soudan, à Bahreïn, au Maroc et aux Maldives : l’alcool n’est autorisé que dans des établissements agréés ou à domicile. Certains pays tolèrent de petites importations ; les douanes maldiviennes, non.

Interdictions de fumer dans les lieux publics

Dans l’UE, aux États-Unis, au Canada et ailleurs, les interdictions de fumer dans les lieux publics sont strictes et les sanctions parfois salées. En Grèce, elles vont de 5 000 à 10 000 euros selon les récidives ; en Italie, elles peuvent atteindre 275 euros ; aux Émirats arabes unis, l’infraction peut valoir jusqu’à deux ans de prison. Dans certains pays, ces interdictions sont appliquées avec moins de zèle envers les touristes qu’en Thaïlande ou en Égypte, et en Israël, la loi est largement peu appliquée dans les faits.

La tendance est mondiale : les règles se durcissent. L’Irlande, la Grèce, la Hongrie et Malte ont déjà avancé pour protéger la santé publique et l’environnement. En 2023, le Costa Rica les a rejoints, bannissant la cigarette de tous les espaces publics, bars, restaurants et arrêts de bus compris. Certaines villes, comme Barcelone, interdisent de fumer sur la plage pour limiter les mégots. À la station française des Gets, fumer est prohibé sur tout le domaine en raison des déchets de tabac dans les zones naturelles.

La France renforce sa lutte contre le tabagisme de rue, et de nouvelles lois prévoient des amendes pour les touristes contrevenants. Le Mexique va plus loin : interdiction totale de fumer dans tous les lieux publics, y compris hôtels et plages. Le bannissement s’applique aux espaces intérieurs comme extérieurs—complexes, parcs et plages—avec une attention particulière aux endroits fréquentés par des enfants.

Règles de photo et vidéo

Les sites stratégiques—installations militaires ou industrielles—sont les premiers à être hors champ pour la photo et la vidéo. Les aéroports (surtout les pistes), les axes de transport, routes, tunnels et ponts sont souvent soumis à restriction, par exemple aux États-Unis. Filmer à l’intérieur des temples et mosquées est généralement interdit, tout comme poser devant des objets sacrés. En Thaïlande et en Malaisie, cela inclut toute image de Bouddha. Beaucoup de pays limitent aussi les prises de vue des bâtiments gouvernementaux. En Tunisie, cela concerne le palais présidentiel ; en Corée du Nord, le palais de Kumsusan où repose Kim Il-sung.

Même avec un téléphone, la prudence s’impose. Au Qatar, à Bahreïn et en Arabie saoudite, photographier des personnes dans la rue est interdit, appareil professionnel ou smartphone confondus. Si des locaux se plaignent et que la police intervient, il faudra supprimer les images et payer une amende. En Arabie saoudite, filmer la résidence royale actuelle est proscrit ; les personnels d’hôtels et guides préviennent les visiteurs.

Aux Émirats arabes unis, photographier les habitants est déconseillé, et filmer des installations militaires, des raffineries ou les palais des cheikhs constitue un délit.

Même en Turquie, mieux vaut réfléchir avant de prendre les locaux en photo. Ne photographiez jamais des femmes sans permission, surtout à la plage. Au fond, immortaliser des inconnus en maillot passe mal un peu partout.

Usages locaux selon les pays

Au-delà des interdictions, il existe des attentes locales qui ne valent pas d’amende mais peuvent laisser une mauvaise impression.

Dans les pays bouddhistes, évitez de tourner le dos à une statue de Bouddha : c’est perçu comme une offense au sacré et un manque de respect pour l’enseignement. Les photos et vidéos dans les temples sont déconseillées. Sur tout site religieux, gardez le silence et une tenue sobre.

En Indonésie—surtout à Bali—mieux vaut se passer de sacs plastiques. Les supermarchés n’en vendent pas ; un cabas réutilisable épouse l’esprit « No plastic in Bali ». L’enjeu est tangible : après les tempêtes, les plastiques sont rejetés sur le rivage.

En Thaïlande, traitez les billets avec respect ; ils portent le portrait du roi Bhumibol Adulyadej (règne 1946–2016). Ne les chiffonnez pas, ne les déchirez pas, ne marchez pas dessus.

Aussi déroutantes que certaines règles puissent paraître, les suivre épargne des vexations aux habitants—et des tracas aux voyageurs.

Exportation de biens culturels

Chaque pays tient à son patrimoine—œuvres uniques, objets historiques et autres richesses qui préservent l’identité et la mémoire. À l’ère des frontières plus poreuses, l’exportation illégale est une menace réelle. Les règles varient selon les pays et touchent œuvres et antiquités, plantes et animaux, taxidermie et peaux. Paradoxe : nombre d’objets interdits se vendent au vu et au su de tous dans des boutiques de souvenirs. À la clé, confiscation et fortes amendes ; parfois, la prison.

Pour les voyageurs russes, certains exports sont prohibés depuis des destinations très prisées. Depuis Cuba : pas plus de 23 cigares sans reçu, ni crocodiles et tortues (vivants ou naturalisés), ni produits qui en sont issus. Aux Seychelles, les coraux, les cocos de mer et les objets en écaille de tortue sont interdits. Le Brésil proscrit toute exportation d’animaux, de leurs peaux et de produits en peaux, coquilles et plumes.

Depuis le Kenya, il est interdit d’exporter des peaux et des animaux naturalisés sans licence spéciale, ainsi que des objets en ivoire, des diamants et des shillings kenyans (la monnaie nationale). Depuis le Japon, les katanas en acier de qualité combat sont interdits (les épées-souvenirs sont admises). Depuis l’Égypte, pas d’exportation de coraux, coquillages marins, crocodiles naturalisés, objets en ivoire ni de bijoux en or et argent d’une valeur supérieure à 3 000 $.

Depuis la Thaïlande, pierres précieuses et objets en or nécessitent reçu et certificat ; les grandes statues de Bouddha sont restreintes (les petits pendentifs à son effigie sont autorisés). En Turquie, les bijoux de plus de 15 000 $ ne peuvent sortir sans reçu et certificat. Depuis les Maldives, les coraux et les mâchoires de requin sont prohibés ; depuis l’Inde, on ne peut emporter ni roupies indiennes ni antiquités de plus de 100 ans.

Les interdictions les plus insolites

Les États-Unis caracolent en tête des interdictions cocasses, souvent nées de la jurisprudence. On cite volontiers cet exemple : quelqu’un aurait un jour amené un crocodile au cinéma, l’affaire aurait mal tourné, et une loi serait née interdisant les reptiles en salle.

En Allemagne, s’arrêter sur l’autobahn est illégal—même en panne sèche. Marcher le long de l’autoroute est interdit également. L’amende peut avoisiner 100 $. À Venise, il est prohibé de nourrir les pigeons, de se promener torse nu en public, de grimper dans les fontaines et de manger un sandwich sur les passages piétons. À Rome, plonger dans les fontaines est interdit. À Venise, nourrir les pigeons peut coûter jusqu’à 600 $, mais un règlement rapide peut réduire l’addition à 50–60 $.

En Espagne, conduire en tongs est interdit. En Thaïlande, circuler en voiture ou à moto torse nu ne se fait pas ; l’amende se chiffre à plusieurs centaines de bahts (environ 10 $). En France, les baisers d’adieu sur les quais de gare sont bannis depuis 1910 pour éviter les retards. La règle n’est plus appliquée, mais elle n’a jamais été officiellement abrogée. En Irlande, une ancienne loi interdit aux hommes de refuser une demande en mariage émanant d’une femme ; en cas de refus, une amende s’applique—mais seulement le 29 février.

À Singapour, chewing-gum, nourrissage des oiseaux, crachats et oubli de tirer la chasse dans les toilettes publiques sont proscrits ; les amendes tournent autour de 100 $. Au Royaume-Uni, il est interdit de toucher les mammifères nageant à moins de trois milles des côtes—ils sont considérés comme propriété royale.

En Belgique, lancer des boules de neige est interdit, assimilé à des jets de pierres ; l’amende est de 100 €. En Malaisie, porter des vêtements jaunes est prohibé en raison de l’association politique avec l’opposition, qui a choisi cette couleur pour son mouvement. Au Danemark, une liste officielle de prénoms—environ 18 000 pour les filles et 15 000 pour les garçons—impose aux parents de choisir dans ce répertoire.